Tizi-Ouzou : hommage à feu Rabah Bouaziz, héros de la révolution algérienne


La manifestation, qui a regroupé la famille révolutionnaire et des personnalités scientifiques et culturelles, a été traduite par la projection d’un documentaire sur le
mouvement national et sur la second front ouvert par le FLN en territoire de la France métropolitaine dont justement Rabah Bouaziz était l’un des architectes et au même temps rapporteur des faits (documentaire réalisé durant son vivant), des témoignages faits par ses compagnons d’armes sur ses faits héroïques, une exposition de photos et documents d’archives d’une valeur scientifique inestimable. Ecrire la biographie complète de feu Rabah Bouaziz nécessiterait nécessairement au moins une trilogie. Contentons-nous alors de ne reprendre que certains passages de sa vie.

Feu Rabah Bouaziz dit « Saïd » est né le I3 avril I928 à Tizi-Rached (Tizi-Ouzou). Il n’avait que 5 ans lorsque son père, Amar, décède. Sa mère, Tassadit Djouder, sera remariée par sa famille. Rabah et ses deux sœurs seront toutefois pris en charge et même choyés par ses oncles et sa grand-mère maternelle. L’enfant sera d’ailleurs envoyé à l’école communale pour s’instruire ; chose rare à l’époque pour les enfants algériens. En I94I, alors âgé de I3 ans,il quittera cependant l’école pour se retrouver dans les champs, plus exactement dans un vignoble appartenant à un colon connu sous l’appellation de Roche, comme journalier agricole. Le travail était très dur. Les ouvriers commencent la besogne dès le lever du jour et ne s’arrêtent qu’au coucher du soleil, et ce pour un salaire de misère. En guise de protestation contre de telles conditions, les ouvriers dont l’adolescent Rabah déclenchent un mouvement de grève. Hélas, l’action de débrayage n’aboutit pas. Le vigneron Roche, furieux que des « indigènes » osent lui faire grève décide de les renvoyer sans même leur payer les journées déjà travaillées. Ce fut la première « gifle » de Rabah Bouaziz. Avide d’espace d’expression, il rejoint alors en I945 les Scouts Musulmans Algériens
(SMA).

Bon sang ne peut mentir. En effet, au SMA il est vite identifié par les responsables dont Ali Laïmèche comme un élément sur qui on pouvait compter. En effet, avec quelques autres jeunes, Rabah Bouaziz sera désigné pour l’exécution d’une opération clandestine. Son passage au SMA le mènera au PPA et sa ferveur le poussera à participer aux travaux préparatoires de l’Organisation Secrète (OS). Au cours de l’année I946 – I947, ses aptitudes intellectuelles et sa ferveur militante lui vaudront une instruction à l’école clandestine des Cadres du PPA. Un de ses instructeurs et professeurs n’est autre que Omar Oussedik. Et dès lors, Rabah Bouaziz entrera en possession (achat) d’un pistolet de calibre 9mm. Les responsables de l’OS seront pour quelque chose dans la décision de Rabah Bouaziz de s’armer. Un peu plus tard, il fera une rencontre avec Ouali Benaï et SI El Djilali laquelle s’avérera pour lui comme «capitale ». Ces deux grands militants lui recommandent de se rendre en France où il sera plus productif. Rabah Bouaziz le fera mais après avoir toutefois séjourné à Alger où il exerça quelques petits métiers comme commerçant non sédentaire, coiffeur, employé dans un hôtel etc. Comme agent hôtelier, il hébergeait des militants clandestins du PPA. C’est ainsi qu’il a eu à héberger Ouamrane. Toutefois, le séjour de Rabah Bouaziz à Alger ne fut pas long. En effet, au cours de cette même année de I947, il débarque en France et se retrouve plus exactement Paris XVème, chez son cousin Tahar et son beau-frère, Rabah Rabhi, tous deux restaurateurs. Plus tard, rabah Bouaziz se rendra à Dole, en Bretagne où il exercera le commerce ambulant de tissus. Et parallèlement à ce gagne-pain, le jeune homme poursuit ses activités politiques clandestines. Cependant, un délateur (un khabith) le dénoncera aux autorités françaises pour ses activités nationalistes. Cette délation le poussera à quitter précipitamment la France pour aller se réfugier en Belgique flamande, région hostile à la France et la francophonie. Hélas, même la Belgique flamande et francophobe, mise à mal par le taux élevé de chômage, se verra contrainte d’expulser de son territoire tous les résidents et ouvriers nord-africains. La Belgique d’alors était d’offrir du travail pour les Européens d’abord. On est alors en I950. Rabah Bouaziz adhère alors au MTLD.

Entre I5I et I954, il fréquente des Français de gauche. C’est en Moselle plus exactement qu’il sera élu délégué syndical au niveau départemental au sein de la CGT. A cette époque, les formations syndicales françaises étaient considérées comme les meilleures écoles politiques. C’est donc une aubaine pour Rabah Bouaziz qui eut là une belle occasion pour compléter et enrichir sa formation militante et politique. Hélas, encore une fois, l’homme est dénoncé par un élément du MNA en Loraine. On est au mois d’août de l’année I955. Cette fois-ci, cette dénonciation lui vaudra une arrestation puis l’expulsion en Algérie. Il séjournera de septembre I955 jusqu’à mars I956 à la prison de Barberousse (Alger). Au cous de cette même année I956, Rabah Bouaziz sera libéré faute de preuve quant à son profil d’ « agitateur de danger pour la France ». A sa sortie de prison, l’infatigable militant reprendra son service. En octobre I956, il rejoindra la wilaya IV qu’il a rejoint après avoir contacté les colonels Ouamrane et Slimane Dehles dit « « Si Saddek ». En février I957, après avoir été désigné par Abane Ramdane pour organiser et diriger le second front en France métropolitaine, et ce sur idée et ordre du colonel Si Saddek, il se retrouve à Paris. Dès son arrivée en France, il se retrouve comme membre du Comité fédéral de la Fédération FLN de France et responsable de l’OS et du renseignement. Les opérations militaires menées en France par le FLN à partir de I958 ont changé la vision mondiale concernant la guerre d’Algérie. En I959, Rabah Bouaziz décide de se marier en Allemagne avec la Moudjahida, Salima Sahraoui, permanente de l’OS elle aussi. De cette union naîtront 04 enfants. Et au cours de cette même année I959, le GPRA décide de geler les actions militaires du FLN en France en métropolitaine pour ne pas gêner les négociations qui se profilent à l’horizon. En I962, Rabah Bouaziz est élu d’abor député avant d’être désigné comme préfet (wali) d’Alger par le président de la république, feu Ahmed Ben Bella. Au cours de sa mission préfectorale, feu Rabah Bouaziz rencontrera de grandes figures mondiales à l’instar de Ché Guevara, la cosmonaute russe, Valentina Terechkova, Anita Kroutchev, etc. Notons également qu’après l’indépendance du pays, feu Rabah Bouaziz s’inscrivit à l’université où il obtint son diplôme de juriste.

Le onze octobre 2009, soit un peu plus de 49 ans après l’indépendance du pays, Rabah Bouaziz dit « Saïd » rendit son dernier souffle.

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