BAOUZ
Ce point de vue de Mas Nat Mezab je le partage le voici :
Après avoir traversé les millénaires, les variantes de la langue amazighe qui, fort heureusement, font encore partie des langues vivantes de l’humanité, flottent aujourd’hui comme des gouttes d’huile dans l’océan des vicissitudes et du subjectivisme. Mais cette richesse linguistique dont nous disposons aujourd’hui ne pourra plus dans les mauvais choix stratégiques survivre quelques siècles, voire quelques décennies après. La comparaison topolectologique est déjà fondée sur un constat d’intuition. A propos de ce phénomène de topolectalisation de Tamazight, André Basset a écrit : « deux forces qui jouent en sens contraire : le particularisme qui pousse à la diversification et le conservatisme qui assure la stabilité. » Pour ma part, je dirais : chacun des topolectes (variantes régionales) oraux puise continuellement dans son arsenal de moyens linguistiques et ajoute jusqu’à un degré aux caractéristiques communes d’autres traits spécifiques(-évolutifs), et ceci, selon une filiation inter-topolectale. Et si l’on renverse la vapeur de la divergence, ça donnera un autre effet, à savoir une meilleure intercompréhension. En effet, parler de topolectes que je préfère à celui de dialectes - aucune définition de la notion de dialecte ne fait à ce jour l’unanimité - n’exclut pas l’unité de Tamazight. En toute objectivité, Tamazight se manifeste bel et bien sous forme de variantes topolectales qui peuvent être comparées aux affluents de la grande rivière de Tamazgha . Ce qui est extraordinaire, c’est que malgré la dissémination de Tamazight, cette dernière demeure encore d’une richesse dont l’ossature lexicale est inépuisable. Et il serait très long de reprendre ici même une toute petite partie de cette richesse dans ses profondeurs sémantiques et étymologiques. La richesse actuelle des sociétés amazighes est qu’elles possèdent des topolectes qui, tous ensemble, ont pu jusqu’à nos jours sauver aussi bien la grammaire que l’ossature lexicale de Tamazight au sens linguistique et diachronique du terme. C’est dans ce sens que je suis entrain depuis quelques décennies avec toute une attention d’essayer de comprendre notre monde qui s’appelle Tamazgha (Pays de tous les Imazighen). Il m’a été donné d’observer, non pas comme de simple observateur extérieur, mais en tant qu’employeur et membre, l’évolution de la dimension linguistique amazighe. Qu’ai-je observé, de quoi voudrais-je rendre compte ? Il s’agit en grosso modo d’une situation où Tamazight dans toutes ses variantes et dans des degrés plus au moins différents continue de s’amoindrir sur le terrain de la pratique quotidienne comme si l’esprit de diviser pour régner ne cesse de prendre de l’ampleur sur cette chère Terre de toutes les populations amazighes. De toute l’histoire, il n’y a pas eu plusieurs langues qui puissent avoir une même appellation. Au lieu de particulariser Tamazight, il vaut mieux amazighiser les régions de Tamazgha. Au sein d’une même aire topolectale, on peut facilement distinguer des prononciations assez éloignées voire une situation lexicale variée. En compagnie d’amis amazighes de Kabylie (haute et basse), je me suis rendu compte que dans la variante de Kabylie, le mot ayyur « lune » peut se prononcer aggur, tout comme mmis n wedrar, mmis b wedrar et mmis g wedrar, i ? « nuit » et i ?? ou wagi « celui-ci » et wayi… pourtant entre Kabyles la compréhension est bien évidente. Bien que je me sois focalisé sur le topolecte kabyle, les idées développées ici sont à l’évidence transposables aux autres variantes amazighes. De même qu’entres les diverses aires topolectales, le terme « homme » peut se prononcer selon 4 formes : argaz, argaz, arjaz ou aryaz. Souvent, les différences entre parlers d’une même région sont plus visibles qu’entre des parlers appartenant aux différentes régions. Il suffit tout simplement de s’habituer aux différents accents et prononciations. Et à force de s’y habituer, on finit de comprendre ses petites différences. Au fond, Tamazight qui est un phénomène social, représente toute une diversité, et la différence dans l’expression et dans l’intonation dépend des régions des différents locuteurs. A l’intérieur de chaque aire topolectale, on rencontre des foyers locaux de parlers plus restreints, qui se différencient de ses voisins par la différence de prononciation, le choix de mots et la construction de phrases. Tout cela est bien connu des spécialistes en la matière. Bien que ce phénomène soit inhérent à toutes les langues, l’hétérogénéité des parlers amazighes est un fait relatif. En découvrant d’autres variantes amazighes, je me suis dit au fil des années : Dieu merci qu’il y a tant de variantes amazighes sans lesquelles on n’aurait jamais pu sauvegarder toutes ses richesses. Le grand Amusnaw Mouloud Memmeri avait pour confectionner le lexique AMAWAL puisé dans plusieurs variantes qui sont spatialement aussi lointaines les unes des autres. En lisant ledit lexique, j’étais amené à comprendre que Tamazight a besoin des toutes ses richesses topolectales. Par exemple le terme a ?lan qui existe déjà dans ma variante maternelle y était introduit pour créer un néologisme véhiculant le sens de « Nation ». diachroniquement parlant, le terme a ?lan véhicule en topolecte des At Mzab le sens de « région du Mzab ». Actuellement et dans l’avenir les variantes amazighes sont stratégiquement et utilement appelées à enrichir les unes les autres. Mais pour ce faire, il faut qu’il y ait déjà de très solides bases d’inter-communication amazighe non fondées sur des critères subjectifs ni affectifs. Dans le cadre de ma petite expérience, chercher à comprendre les différences entre par exemple les variantes kabyle et mozabite m’a permis de comprendre au fil du temps une bonne partie des variantes amazighes du Maroc et d’ailleurs. S’il est vrai que le manque de communication entre nos différentes régions et l’absence de prise en charge générale dans les travaux d’aménagement, ont poussé les topolectes, voire les parlers d’un même topolecte, à diverger les uns des autres, tous les spécialistes sont unanimes sur l’unité de Tamazight qui est un fait qui s’appuyant sur une objectivité historique, linguistique, culturelle… et territoriale. Même si à cause des périodes et des distances géographiques qu’occupe Tamazight (quelques 5 millions de km²), les différences d’ordre notamment phonétique et lexical empêchent souvent l’intercompréhension, il suffit d’un peu de temps d’adaptation pour qu’un amazighophone puisse accéder à n’importe quel autre topolecte amazighe que le sien. En bref, si des compatriotes amazighes ont su dépasser un certain stade d’anachronisme, d’autres restent malheureusement conditionnés par cette vision de croire à la supériorité de la variante qu’ils pratiquent. C’est souvent contre l’autre que nous sommes les meilleurs ! L’enjeu majeur pour quelqu’un étant de ne pas voir plus loin que le bout de son nez ! Combien d’Amazighes sachent que pour accéder à Tamazight, il faut s’appuyer sur meilleure connaissance des autres topolectes amazighes que le sien. En d’autres termes, on ne peut véritablement comprendre d’autres topolectes que si l’on connaît bien en profondeur le sien. En fait, les communications maintiennent l’unité globale du domaine linguistique. Qu’elles soient partiellement rompues, les variantes auront besoin de quelques générations pour qu’émergent une langue amazighe passe-partout, à condition d’opérer une bonne et adéquate politique d’aménagement et de développement. L’automatisation de la communication humaine constitue actuellement une véritable révolution techno-linguistique. Dans le stade actuel, parlons de tant de situations qui compliquent l’existence de la langue amazighe dans toutes ses prononciations peut conduire à évoquer tant de comportements… je puis dire : pourquoi même à chaque fois que 2, voire davantage amazighophones se trouvent en présence d’un arabophone ou un francophone… adoptent sur le champ l’arabe parlé, le français, etc ? Y a-t-il là une sorte de subconscience générale qui fait qu’un amazighe garde cette trace de devoir se protéger en confinant même sa langue dans les montagnes escarpées et dans les déserts les plus arides… ? Peut-il se dire un amazighe de confession musulmane qu’il n’est pas obligé d’appliquer ses rituels en dehors de l’arabe ? Pourquoi un ménage de 2 aires topolectales différentes n’emploie dans le cas général que l’arabe dialectal ? Pourquoi un Amazighe n’arrive pas à comprendre que ce qui l’unit à son frère amazighe dépasse de loin ce qui les sépare ? Pourquoi un amazighe sait bien servir les autres causes sans pouvoir arriver à servir la sienne ? Pourquoi tant d’amazighes ne s’admettent pas entant que tels que dans des situations critiques ? Pourquoi cette capacité à apprendre rapidement l’arabe parlé plutôt que de maîtriser ces petites différences phonétiques qui existent entre les variantes amazighes ? Pourquoi ? Pourquoi ? ... Ces situations, ces clichés, cette culpabilisation linguistique et tant d’autres méritent d’être analysées et de leur trouver des réponses conséquentes. Entre temps, le travail de sauvegarde de Tamazi ?t dans toutes ses formes doit continue son honorable chemin. Je pense que le jour où l’on arrive à comprendre ce phénomène de subordination et d’infériorisation de l’Amazighité par rapport aux autres langues et à l’arabité de la religion la plus adoptée sur Tamaz ?a, on pourra arriver à commencer de déchiffrer une bonne partie de cette énigme. Peut-on rappeler que dans le monde d’aujourd’hui et de demain, la tendance stratégique à l’uniformisation est un facteur dans l’évolution des langues, sauf dans notre monde amazighe ? Arrivera-t-il le jour où les nouvelles générations arriveront à faire de leur langue amazighe, une langue de civilisation ? Nous devons aussi, à mon humble avis, apprendre de l’expérience des autres peuples en la matière et analyser le processus du développement de leur(s) patois, topolecte(s) en une langue de grande diffusion. Le présent n’est pas le produit fortuit du passé, mais un produit nécessaire à la continuité de cette existence qui donne un grand sens à cette marche amazighe. L’existence est aussi conscience, et toute conscience renferme un germe de réflexion. Mieux vaut être le maître de sa destinée que d’être hanté par une ignorance. Un amazighe (amazighophone, arabophone, espagnolophone ou autre) ne peut pas sentir son nord-africanité complète tant qu’il demeure éloigné de l’Amazighité. C’est là que doit demeurer aussi une des grandeurs du phénomène de l’Homme (homme et femme) amazighe. Bien évident, la légitimité racinaire est sensée expliquer le sentiment de révérence qu’inspire la langue-culture amazighe. Le besoin pressant d’exprimer son identité amazighe, et qui est au cœur du grand mouvement soulevant les populations amazighes ne cesse de prendre une sérieuse et conséquente dimension. A ma conviction, Tamazgha la plus profonde garde une disponibilité d’esprit et d’âme qui la rend apte à accueillir un changement appelant tous les Amazighes à s’ouvrir en premier lieu sur eux-mêmes et à prendre conscience de leur profonde identité historico-linguistique. La mémoire doit aussi se construire au présent, mais malheureusement notre passé a été fracturé, ensanglanté et, à un degré, continue de l’être. Quand on nie les fondements d’une société, il n’y a plus de fondation, plus de superstructure, ce sont des racines en l’air. Les différences entre les topolectes amazighes, si elles sautent bien entendu aux yeux, ne dissimulent pas leur profonde unité. Et même si une langue amazighe standard n’existe nulle part, la standardisation de l’amazighe est une opération réalisable et cela, grâce à l’unité évidente et objective de l’Amazighe. En fait, quelle langue n’est pas homogène, à des degrés divers ? Cette opération de standardisation est saisissable à tous les niveaux du lexique, de la sémantique, de la morphologie, de la phonologie, de la syntaxe, de la néologie… Je pense que cela sera facilité aussi en opérant dans une perspective démocratique et dans une approche progressive, raisonnable, scientifique et objective qui tiendra compte de la difficulté que représente la topolectisation à divers plans de la langue amazighe. Celle-ci est en effet une réalité. Il ne faut pas avoir peur de ce phénomène d’hétérogénéité de Tamazight, car il s’agit tout simplement d’un phénomène naturel qui caractérise toutes les langues, surtout celles qui sont transmises par les mécanismes de l’oralité. Après tout c’est la richesse dans la diversité qui propulse notre monde en partant des choses les plus petites. Tamazight se construit et se construira grâce à la bénédiction de la technologie et, surtout, grâce aux efforts déployés de tous ses Hommes. L’enseignement, les mass media, la communication inter et intra-topolectale, la création de mêmes néologismes, un bon et adéquat aménagement linguistique, l’emploie de Tamazight dans les divers domaines… et, sans oublier, l’usage d’une même graphie permettront et aideront certainement le déclenchement de la standardisation de la langue amazighe afin d’en faire une importante langue régionale sur notre planète. Une meilleure et adéquate prise en charge de notre langue amazighe aux divers plans saura mettre l’Amazighophonie au défi de répondre aux exigences de la vie moderne, notamment le passage définitif de l’oralité à l’écrit et la remise à niveau de Tamazight. Or les attentes sont immenses et multiples. Il faudrait entre autres l’adoption d’une seule graphie, la modernisation de ses structures, l’adaptation de cette langue aux progrès ainsi que la standardisation progressive de la langue dans une combinaison et transformation équilibrées, réfléchies et planifiées aux générations qui en éprouveront le besoin. Et toutes ces questions sont tributaires des moyens humains, juridiques, matériels, financiers et moraux des Etats de Tamazgha. Les sociétés amazighes sont en mesure d’engendrer des Hommes capables de corriger la trajectoire. L’intercommunication et l’intercompréhension doit une fois pour toutes prendre train. Il est très nécessaire de comprendre qu’en opposant ses Amazighes, on les affaiblit tous et on hypothèque en même temps leur existence commune. Le courage est aussi celui de reconnaître la réalité du terrain et de donner à tous les enfants de Tamazgha le sentiment et la fierté d’appartenir à une nation qui possède des racines millénaires et qui a participé à l’enrichissement de la méditerranée et à la promotion de valeurs humanitaires. Le temps n’est-il pas venu d’exprimer ces valeurs en donnant à Tamazight la place qui lui revient ?
Nat M ?ab
Tanemmirt !
BAOUZ
REMARQUE sur l’article plus haut :
Ce n’est pas parceque un autonomiste cherche une autonomie à sa région qu’on coupe les racines qui liées les variantes de la langue mère " AMAZIΓ " d’autre région " c’est une exagération à l’extrème purment politiciennes.
J’ai dis bien " variantes " mais pas dialecte.
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