Qui est communautariste, Bensoussan ou Sifaoui ?

Sifaoui-et-Bensoussan

J’ai longtemps hésité avant de commencer à écrire tant est incongru de mettre ces deux hommes sur le même plan, même de façon rhétorique… Mais ce qui m’a décidé est le fait que beaucoup de ceux qui ont porté aux nues le journaliste algérien pour ses positions anti-islamistes, se sont étonnés voire offusqués qu’au lieu de défendre l’historien accusé d’arabophobie par un ministère de la justice française fortement sollicité par des organisations musulmanes de France, il ait abondé dans le même sens, allant même jusqu’à témoigner contre lui : mais quelle mouche l’aurait donc piqué ?

Provenant du même pays que lui dont j’ai aussi la nationalité (certes difficilement accordée, compte tenu de mes origines non-musulmanes) et connaissant son parcours depuis plus de deux décennies, je crois pouvoir éclairer ce qui à certains semblent des ‘’contradictions’’…

Avant, pendant et après le récent procès du 27 Janvier de Georges Bensoussan, Mohammed Sifaoui l’a accusé du péché de communautarisme et d’essentialisme, pour ne pas dire de racisme, lui qui reprenant les propos d’un sociologue franco-algérien [1] lors d’un débat radiophonique contradictoire à France Culture avait affirmé que les Arabes tétaient l’antisémitisme dès l’enfance…

Or cette affirmation n’est passible d’aucune des trois accusations pour la simple raison qu’il ne s’agit même pas d’une opinion mais d’une réalité incontestable !

Le monde arabo-musulman a généré depuis ses origines et continue de générer une culture et des pratiques judéophobes, incluant signes distinctifs, qualificatifs humiliants,  et massacres réguliers… Et l’écrivain et sociologue d’origine tunisienne Albert Memmi qui bien des années avant moi avait voulu s’identifier aux indépendantistes arabo-musulmans de son pays est on ne peut plus péremptoire : ‘Je dois être plus clair: la vie idyllique tant vantée des Juifs dans les pays arabes est un mythe ! La vérité, puisque je suis obligé d’y revenir, c’est que dès le début nous étions une minorité dans un milieu hostile… A son époque (du grand-père), tout Juif pouvait s’attendre à être frappé à la tête par un musulman qui passait. Ce rituel « agréable » avait un nom, la chtaka’’ [2]

Dans le monde arabo-musulman, les (faux) ‘’Protocoles de Sion’’ y font office de best-seller, juste battu au hit-parade des ventes par le Coran et  »Mein Kampf » (certes expurgé des passages où les Arabes et les musulmans sont relégués très bas dans l’échelle des valeurs racialistes nazies !)…

Lors de la foire du Livre à Casablanca en 2014, on avait même assisté à une farce, aussitôt dénoncée par le Centre Simon Wisenthal, où la représentante falestinienne auprès de l’Europe, Leila Shahid, fit la promotion d’un livre vantant le ‘’vivre ensemble’’ entre juifs et musulmans dans le monde arabo-musulman, alors qu’elle était entourée de dizaines de livres tous plus antisémites les uns que les autres ! [3]

Leila Shahid, parente d’Arafat, me donne aussi l’occasion de rappeler qu’un autre de leurs parents, le Mufti de Jérusalem Amin Hadj El Husseini (intronisé par les Anglais contre l’avis de ses pairs) fut le protégé d’Hitler à Berlin de 1941 à 45, et l’animateur le plus côté de la propagande diffusée par Radio Berlin en direction du monde arabe. L’idée maitresse de cette propagande qui évita soigneusement d’évoquer les passages litigieux de Mein Kampf à l’encontre des Arabes, et qui par contre sollicita autant qu’elle le put le corpus textuel islamique, était que les Allemands et les Arabes avaient le même ennemi : les Juifs.

L’historien américain  Jeffrey Herf, dans ‘’Hitler, la propagande et le monde arabe’’ [4], citant les discours du mufti (car il ne fut pas le seul dirigeant arabe de Radio Berlin !) donne des dizaines de preuves de ce que ‘’Les Juifs, sont les ennemis jurés de l’Islam’’ (p 171). Je ne mentionnerai ici que deux de ses très nombreux discours.

Le premier est prononcé à l’occasion de l’ouverture de l’Institut islamique de Berlin, le 23 décembre 1942 : ‘’Les Juifs comptent au nombre de ceux qui haïssent le plus les musulmans, et ont déclaré leur animosité depuis les temps les plus anciens… Tout musulman sait que l’animosité juive envers les Arabes remontent à l’aube de l’islam. « Tu verras que le peuple le plus hostile, ce sont les Juifs » dit le Coran’’… En fait, la juiverie mondiale dicte la guerre comme c’était le cas à l’époque de Mahomet (p 178).

Et le second, du 1er Mars 1944 : ‘’Arabes ! Levez-vous comme un seul homme et battez-vous pour vos droits sacrés. Tuez les Juifs où que vous trouviez. Cela plait à Dieu, à l’histoire et à la religion. Cela sert notre honneur. Dieu est avec vous.’’ (p 241)

A cette somme de 400 pages, il faudrait au moins ajouter ‘’Prêcheurs de haines’’ de Pierre André Taguieff (près de 1000 pages), ‘’Juif en pays arabes – 1850-1975’’ de Georges Bensoussan (plus de 800 pages) qui complète ‘’L’Exil au Maghreb – La condition juive dans l’Islam (1148-1912)’’, de Paul Fenton et David Littman, (800 pages), sans parler de l’examen pays par pays de ‘’La fin du Judaïsme en terres d’Islam’’  publié sous la direction de Shmuel Trigano…

Et donc, à moins que ceux qui ne sont pas nés dans le monde arabo-musulman ne veuillent délibérément  ignorer ces textes de base, qui pourrait contester ce trait dominant de la culture arabo-musulmane qui prend sa source dans le Coran, lequel stigmatise les Juifs de diverses manières [5], et dans l’histoire islamo-juive inaugurée par le massacre des Banu Qurayza par la main du prophète himself, devenu pour l’occasion égorgeur au couteau, la séquence étant décrite avec un luxe de détails dans la Sira, cette biographie de Mohamed considérée comme un des textes fondateurs de l’islam ?

Dans mon livre ‘’Le Monde arabe face à ses démons : Nationalisme, Islam, et Juifs’’ (Colin – 2013), je cite de façon non exhaustive les noms de nombreux intellectuels arabes qui ont osé affirmer que les pratiques discriminatoires contre toutes les minorités, religieuses, ethniques et sexuelles qui règnent dans tous les pays musulmans, à des degrés divers de barbarie, ont un lien avec le fondement de la culture musulmane, à savoir l’islam et ses textes fondateurs.

Et comme on peut s’en douter, le nom de Sifaoui n’y figure pas. A sa décharge, il n’a ni la notoriété de l’écrivain Boualem Sansal et encore moins la puissance de ces chefs d’Etat égyptiens, tels hier Nasser ridiculisant la volonté des Frères Musulmans d’imposer le hijab aux femmes[6] , et Sissi aujourd’hui, enjoignant le centre théologique mondial d’El Azhar au Caire [7] à ‘’révolutionner’’ l’islam…

En vérité dans le monde arabe, il y a 3 catégories d’intellectuels : les intellectuels ‘’organiques’’ simple prolongement de la parole étatique et théologique dominante ; à l’opposé, et ils se comptent sur les doigts d’une ou de deux mains selon les pays, les contestataires que je viens d’évoquer; et entre les deux, il y a les gens comme Sifaoui dont le souci essentiel est de cultiver l’art de comment ne pas franchir certaines lignes dites ‘’rouges’’ et de veiller à leur respect, devenant ainsi des vigiles de la ‘’pensée correcte’’.

Ceux qui appartiennent à cette troisième catégorie ne sont pas plus libres que ceux de la première. Eux aussi ne peuvent imaginer rompre avec la loi du troupeau, que j’appelle dans mon livre ‘’l’unanimisme’’. Et quand ils se permettent quelques libertés, de temps en temps, comme celle de critiquer les islamistes, il leur faut immédiatement rassurer leurs communautés en criant par exemple que l’islamisme n’a rien à voir avec l’islam, un peu comme hier les communistes (dont je fus) refusaient de voir la relation entre les crimes, les goulags, la dictature du parti unique et les textes fondateurs du marxisme-léninisme…

Ces intellectuels de la troisième catégorie sont mêmes les pires, les plus agressifs, les plus venimeux, haineux. En perpétuel exercice d’équilibre, ils n’hésitent pas à traiter de déséquilibrés ceux qui mettent les pieds dans le plat. Préoccupés de ne pas trahir leurs communautés d’origine, ils projettent sur ceux qui osent le faire leur propre communautarisme.

Ainsi le courageux Sifaoui ne dira rien des propos du sociologue d’origine algérienne Laacher qui explique que dans le monde arabo-musulman, l’antisémitisme  se trouve ‘’dans l’espace domestique même, sur la langue et dans la langue’’, mais pourfendra allègrement le juif Bensoussan pour la même vérité.

Dans le monde arabo-musulman, c’est un fait, l’antisémitisme est dans l’air que l’on respire au même titre que tous les virus connus à ce jour et à venir. Est-ce à dire que tous les Arabes ou tous les musulmans deviennent automatiquement judéophobes ? Bien sûr que non et Bensoussan n’a jamais dit une telle ânerie. Pareillement, tout le monde n’attrape pas la grippe : à chacun selon ses défenses immunitaires. Dans notre cas, il y a bien sûr des individus qui parmi les élites musulmanes résistent, interrogent, élaguent, refondent, réélaborent (en un mot, sont dignes d’être appelés des ‘’intellectuels’’), et à un niveau plus modeste, des individus ordinaires qui au nom d’un simple bon sens, voire d’une expérience personnelle de bon voisinage, ne se laissent pas emporter par l’unanimisme et les stéréotypes de la haine communautaire…

Oui ces résistants existent mais ils sont l’immense minorité, silencieuse de surcroit, car parler en public de ces sujets est plus que dangereux, et peut mener tout simplement à la mort… Et même en Algérie qui n’est pas le plus totalitaire des 57 pays musulmans, la résistance à l’islamisme est la seule rébellion acceptable : au-delà c’est le lynchage et Sifaoui n’attendit pas le procès Bensoussan pour participer lui-même à la curée. Ainsi il s’en prit à Riposte Laïque qui jusque-là l’avait soutenu dans son combat contre les islamistes, parce que de plus en plus ses rédacteurs franchissaient ses lignes rouges en soulignant la relation entre islamisme et islam[8].

Je pourrais aussi témoigner d’un autre fait, cette fois me concernant. C’était en Mars 2010 et j’avais répercuté à quelques-uns de mes correspondants parmi lesquels figurait Sifaoui, une interview de Mosab Hassan Yosef [9], le fils d’un dirigeant important du HAMAS qui était devenu espion d’Israël. Il disait notamment : “Le dieu du coran hait les juifs de toute manière, qu’il y ait occupation ou pas, alors les juifs ont un problème avec le dieu de l’islam, pas [seulement] avec les musulmans.”  Ce courrier m’attira une réponse de sa part que seule sa vulgarité m’empêche de reproduire. L’homme policé en public m’y apostrophait comme l’aurait fait n’importe quel apparatchik doté d’un peu de pouvoir, allant même jusqu’à nier mon algérianité ! ‘’Chassez le naturel, il revient au galop’’, lui avais-je répondu…

En effet, et afin d’étancher les dernières soifs de comprendre de ceux qui ont été surpris par le parti pris de Sifaoui, il faut avoir en vue que dans le monde arabe, une prise de position est toujours la résultante d’un certain nombre d’allégeances, publiques ou secrètes, qui obligent ces intellectuels de la troisième catégorie à ne pas franchir les ‘’lignes rouges’’. Ces liens varient selon chacun. Pour les plus rares, ils sont uniquement idéologiques. Pour lq majorité, les liens sont autrement plus puissants : familiaux, claniques, tribaux, religieux, auxquels se rajoute, pour presque tous ces pays foncièrement totalitaires, la police politique. Portant diverses appellations, en Algérie, malgré de fréquentes débaptisasions, le peuple lui a conservé son premier nom : la ‘’sécurité militaire’’.

Véritable décideur politique en Algérie, elle est surreprésentée dans toutes les institutions idéologiques et notamment les universités, les journaux et les partis. Même le parti qui se disait communiste en fut victime : la majorité de ses cadres dirigeants émargeaient !  Et dans le milieu des journalistes, il se disait d’ailleurs que Sifaoui en était aussi un aimable correspondant (ce qui pourrait aussi expliquer que quelques années plus tard, il se fit le défenseur du Chef de l’armée algérienne Khaled Nezzar lors d’un procès qui se tint en France au début des années 2000.)….

Seule l’ouverture des archives de la Stasi algérienne pourrait le prouver, et il est certain que de grosses surprises nous seront réservées ce jour-là, et quand je dis ‘’nous’’ je pense plutôt à nos arrières arrières petits-enfants, en étant très optimiste…

Par contre, pour avoir été, des années 70 aux années 90, partie prenante de presque tous les mouvements civiques et politiques d’opposition, y compris clandestins, et l’un des principaux animateurs du RAIS (Rassemblement des Artistes, intellectuels et Scientifiques), je puis témoigner que l’on n’entendit jamais parler de Sifaoui et que l’on ne trouvera jamais la moindre trace de sa signature dans aucune des nombreuses pétitions pour la liberté d’expression ou contre la torture que nous faisions circuler dans toutes les grandes villes d’Algérie… Etrange pour le héraut des grandes causes…

© Jean-Pierre Lledo pour Europe Israël

3 Février 2017

[1] Qui est maladroit ? Bensoussan ? Ou Finkielkraut et Jakubowicz. Par JP Lledo… http://jforum.fr/qui-est-maladroit-bensoussan-ou-finkielkraut-et-jakubowicz.html

[2] Albert Memmi, (QUI EST UN JUIF ARABE ? (février 1975) http://www.harissa.com/news555/fr/node/7694
                                   

[3] http://www.huffingtonpost.fr/jean-pierre-lledo/en-europe-on-peut-a-nouveau-tuer-tranquillement-des-juifs/

[4] ‘’Hitler, la propagande et le monde arabe’’ de  Jeffrey Herf (Calman Levy, 2011)

[5] « Mais ceux qui étaient injustes substituèrent une autre parole à la parole qui leur avait été dite » (II, 59). (Les Juifs comme falsificateurs de la Parole de Dieu).

[6] https://www.google.co.il/webhp?sourceid=chrome-instant&ion=1&espv=2&ie=UTF-8#q=video+de+nasser+sur+les+freres+musulmans

[7] http://memri.fr/2015/01/06/le-president-egyptien-al-sissi-a-al-azhar-nous-devons-revolutionner-notre-religion/

[8] Mon point de vue sur le fond de la controverse Sifaoui-Riposte Laïque. 2009 JP Lledo : http://ripostelaique.com/?s=Mon+point+de+vue+sur+le+fond+de+la+controverse+Sifaoui-Riposte+La%C3%AFque

[9] http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2010/03/05/1971943_video-la-terrible-verite-sur-l-islam-dite-par-mosab-hassan-yosef-le-fils-du-hamas.html

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  1. Ce pseudo journaliste SIFAOUI est un véritable anti-kabyle et anti-Amazigh ! Son fond de commerce est de venir débattre sur France 5 sur les pays arabes et de temps en temps sur l’islamisme. Il n’avait jamais soufflé un seul mot sur les massacrés de jeunes kabyles ni sur les assassinats d’opposants autochtones, qu’ils soient kabyles ou Imzavens ou bien la salafisation autrancière, discrimination ou le chaos du pays Kabyle !. Je ne l’apprécie guère ce type là.

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  2. En 1996, alors journaliste au Soir d’Algérie, il était armé d’un pistolet ainsi que son acolyte, un autre arabe raciste et prédateur, aujourd’hui patron du journal le Courrier d’Algérie, Ahmed Toumiat. Et dire que la femme de Sifaoui est une une vraie femme kabyle pure jus………..

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  3. Azu,
    en général un arabophone d’Afrique du nord, à quelques exceptions très rares,est automatiquement et viscéralement contre tout ce qui est amazigh,en particulier kabyle,du fait de son éducation conservatrice arabo-islamique contre tous.Pourquoi son entêtement?Car, il n’aime pas que l’on lui rappelle son renoncement subi,à son origine amazigh,auquel,aujourd’hui est acculé d’assumer tant bien que mal,d’avoir substituer à sa vrai identité une autre importée du hidjaz. C’est un réflexe humain,normal, automatique,d’auto défense de son subconscient par étalement de sa fausse arabité de circonstance faute ne pas avoir eu le libre choix de pouvoir s’affirmer autant tel (amazigh)comme il aurait voulu,peut-être.Afin de justifier cela ,il l’édulcore par l’islam, lequel le réconforte et utilise comme argument solide de revendiquer son appartenance à cette dernière (arabité) sans presque de remords envers l’histoire qui est portant clair et net. Donc il ne faut rien attendre d’eux,si c’est n’est le pire. Ar tufat

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  4. Dans les années 90 ;dans une table ronde sur la 5 ou France 2;Mr Sifaoui disait ceci à UN JOURNALISTE FRANCAIS;qui a osé donné son avis sur l’Islam dans SON PAYS : »je ne vous permet pas de parler ainsi de MA RELIGION » OUAOU
    Aujourd’hui c’est un grand spécialiste;pauvre France
    Les archives existent
    Aprés NO COMMENT

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