Le MAK Soleil versus les zombies des tenebres
Les autonomistes kabyles à l’épreuve de la diabolisation
J’ai quitté le MAK en 2008, après 4 ans de militantisme, estimant avoir accompli la part du devoir qui m’incombait en tant que kabyle. D’autres hommes, avec leurs qualités et leurs défauts, sont aujourd’hui en place, dans un contexte différent et avec de nouveaux moyens, notamment diplomatiques.
Le mouvement autonomiste, qui active pacifiquement (marches, conférences, constitution d’un réseau de soutien international...), subit depuis quelques temps les foudres conjuguées du pouvoir algérien, de l’opposition nationaliste et des islamistes. Ainsi, la vieille rengaine de la main de l’étranger est ressortie des tiroirs afin de faire croire à une tentative de manipulation extérieure. Le kabyle n’est apprécié par toute cette clique de bonimenteurs que lorsqu’il se tait et qu’il beugle les mots d’ordre nationalistes et religieux qu’on l’invite à éructer, afin de prouver son attachement à El-Djazair.
Ce constat prouve une chose : les autonomistes kabyles suscitent la crainte de tout le système algérien, articulé autour d’un pouvoir rentier, de quelques partis alibis (FLN, RND, PT, Hamas...) chargés de donner une vitrine partisane au régime algérien et une opposition stérile car prise dans une contradiction inextricable (FFS, RCD, partis kabylo-kabyles qui s’adressent au peuple arabophone d’Algérie, pourtant sourd à leurs discours). Ils incarnent aujourd’hui la subversion, le changement, le bouleversement, bref la rupture, non seulement avec le "système" algérien mais aussi avec un mode de pensée et de fonctionnement qui bloque toute évolution.
Or, tous les journalistes, les politiciens ou autres intellectuels qui prennent régulièrement position contre les autonomistes kabyles sont, de près ou de loin, liés au régime algérien. Et c’est ce lien qui leur permet d’avoir accès aux médias algériens pour distiller leurs venins. Et la rupture prônée par le courant autonomiste, c’est également la rupture avec tous les avantages ou les accords tacites contractés secrètement par certains kabyles avec le pouvoir central. Les attaques sont donc souvent totalement gratuites et pauvres dans l’argumentation, l’anathème y faisant office, attaques souvent proportionnelles aux avantages mis en jeu par les ouvriers politiques du régime. Diaboliser les autonomistes afin d’éviter tout débat sur l’avenir de la Kabylie.
Mais ce qui a changé, c’est que le complexe kabyle vis-à-vis de son régionalisme semble être sur le point de sauter. Les autonomistes sont désormais sourds aux leçons de morale, aux mises en garde et autres fatwas politiques lancées contre eux. Cela semble même renforcer leur détermination à combattre. La plupart ont fait du MAK leur tenue de combat. Être diabolisé par le pouvoir algérien (nationalistes et islamistes) et son opposition institutionnelle montre que le doigt a été mis là ou tout ce beau monde se rejoint : le refus d’une redistribution de la carte politique et géographique. Car pour eux, il faut renoncer à tout ce qui va à l’encontre de l’unité nationale, quitte à ce que rien ne bouge pour l’éternité. Plutôt se résoudre à l’arabisation plutôt que la désunion...
La création d’un "Gouvernement Provisoire Kabyle’" (GPK ) est encensée par ici et critiquée par là-bas. Mais, indépendamment de sa réelle portée, qui ne pourra être évaluée que lorsque ce gouvernement sera en action, une seule chose, à mon sens, légitime réellement cette structure : par sa création, c’est également l’illégitimité du régime corrompu d’Alger, malheureusement loin d’être provisoire celui-là, qui est souligné. C’est un refus désormais officiel de lui faire allégeance. Et ceux qui hurlent leur opposition à cette initiative, acceptent inconsciemment la légitimité et l’autorité du régime algérien. Car aucun d’entre eux n’a songé que tous les algériens se soumettent, depuis cinquante ans, à un régime, une constitution, un gouvernement des plus illégitimes. Un véritable hold-up mental.
Les autonomistes ne sont responsables ni de l’arabisation, ni de la corruption, ni de la misère sociale, ni de l’étouffement des libertés, ni du déni identitaire, ni du déni de justice, ni de l’absence de démocratie, ni du terrorisme des fous de Dieu, ni des massacres collectifs, ni de l’exil de masse des algériens, ni de la dépolitisation rampante, ni des fléaux sociaux qui sévissent dans le pays. Des maux qui sont le résultat de cinquante ans de pouvoir FLN. Mais ce qui inquiète Louisa Hanoune, Ouyahia, Karim Tabou et d’autres, c’est "la main de l’étranger". Une main qu’il ne me déplairait pas de voir finir violemment sa course sur ces sinistres visages.
Arezki BAKIR. Source : kabyle.com
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