Législatives en Kabylie: Soupe à la grimace mais soupe quand même

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KABYLIE (Tamurt) – Si dans l’Algérie arabe et musulmane, il n’y a pas de statistiques linguistiques qui donnent une évaluation de l’émigration kabyle interne, il y a par contre les livres scolaires officiels qui fixent la répartition raciale de l’Algérie dans la proportion de 80% d’arabes et de 20% de « Khalits ».

Lğid d lkaraɛ
Lğid ma txedmeḍ-t yiwwas
Ma ur k-inγi d ak ișșer
Lkaraɛ xdem aseggwas
Am yir vnadem nnakeṛ
Fk-as kan ad yečč aţas
yaɛdel ma thud neγ taɛmeṛ.

Bonne terre et sol ingrat
Un seul jour de travail sur une bonne terre
Produit récolte décente sinon abondante
Mais un an de travail sur un sol méchant
C’est comme servir un ingrat
Pourvu qu’il se gave
Peu lui importe que l’on construise ou démolisse.

Sidi Kala dans « Mouloud Mammeri, Poèmes kabyles anciens, Éd. Mehdi, Boghni, 2009, p. 218 ».

Aux prochaines législatives, le RCD va présenter 15 listes. Le FFS le fera avec 32 listes. Et à eux deux, ils n’ont pas réussi à se faire représenter dans toute l’Algérie. Cette simple évidence de solitude, si elle ouvre enfin les yeux de certains militants, est minimisée par les dirigeants. Avec de tels niveaux de représentation, le RCD est plutôt discret quand le FFS plastronne et dit que c’est là la preuve qu’il est un parti national.

Les uns et les autres savent pourtant bien que leur participation relève plus de l’aumône que de représentation car, et ça peut arriver demain, il suffit de corser davantage la loi électorale pour rendre légalement impossible certaines candidatures en Kabylie. Et le cas échéant, tous savent également que le pouvoir algérien ne s’en gênera aucunement, lui qui moule à sa convenance la Constitution.

Mais au fil des ans, le rapport politique de ces partis avec la Kabylie a fini par se dévoiler au regard de chacun. Pour les deux, elle a été le lieu de leur naissance.

Le premier, pour qui elle a été aussi le théâtre de la rébellion de 1963 lui a tourné le dos dès 1990. Un peu plus tard, son leader déclare à Iγzer Amuqqran que l’Irak « d tacriḥt seg weksum nneγ ». On peut comprendre l’élitisme d’un Aït Ahmed, formaté par un nationalisme souffreteux et désireux d’incarner une personnalité d’une Algérie partie intégrante d’une « nation arabe ». Ses remplaçants, faute de charisme et de vision propres ne peuvent être que des épigones.

Le RCD a organisé deux marches de protestation contre le blocage des projets structurants et la volonté du pouvoir de paupériser la Kabylie. Son initiative a gagné l’adhésion de beaucoup de citoyens de la région parce qu’il s’agit là d’une vérité que le peuple kabyle vit au quotidien.

– Le 5 octobre 2015 à Tizi Wezzu, la marche s’est déroulée sous les slogans : « 126 assassinats et pas de coupable », « Tizi Wezzu est une wilaya historique », « le secteur de la santé sinistré », et « officialisation immédiate de tamaziγt ».
– Le 5 novembre 2016 à Vgayet pour dénoncer le gel des projets de construction d’un nouveau CHU ; du stade de 40 000 places ; du dédoublement de la voie ferrée, entre autres.

Notons au passage la contradiction entre le discours et les faits concernant la revendication de « l’officialisation immédiate de tamaziγt » et l’escamotage de cette langue dans le logo, les communiqués et les affiches de campagne électorale de ce parti.

Depuis le Printemps noir de 2001, dans cette Kabylie en état de siège livrée à la répression, à l’insécurité, au chantage économique, à l’ostracisme politique et à une entreprise systématique d’arabisation et d’islamisation destinée à détruire ses fondements séculiers, la population excédée a trouvé dans le MAK son seul défenseur résolument engagé. Sa position devenue dominante au fil du temps l’a désigné comme ennemi de l’État qui use de tous ses moyens pour réduire son influence mais il reçoit aussi des attaques franches ou pernicieuses de la part des partis supposés à ancrage kabyle qui œuvrent à la normalisation de la Kabylie.

Sur ce chapitre, on a entendu un dirigeant politique originellement laïc déclarer que l’islamisme ambiant relève d’une volonté populaire. Si c’est vrai pour l’Algérie, ça ne l’est pas pour la Kabylie qui l’a démontré à chaque consultation électorale depuis toujours et c’est une faute grave que d’amalgamer sciemment le peuple kabyle avec cette lame de fond entretenue par l’état lui-même et qui noie tout le pays.

Nul ne peut s’arroger le droit d’entraîner dans son propre renoncement tout un peuple farouchement attaché à des principes.

La scène politique kabyle enregistre un nouvel acteur avec la création du Rassemblement Pour la Kabylie (RPK). Beaucoup de spéculations quant à la pertinence et le rôle de cette formation dans le paysage.

« Pour nous, la Kabylie fait partie de l’Algérie et doit y rester » » est le principal leitmotiv du RPK selon son coordinateur. La sentence est suffisamment claire pour faire dire à d’aucuns qu’il s’agit là d’une offre de service au pouvoir algérien pour contrecarrer le souverainisme du MAK. Dans l’argumentaire du RPK, il y a la question des Kabyles établis en Algérie hors du territoire de la Kabylie.

Si dans l’Algérie arabe et musulmane, il n’y a pas de statistiques linguistiques qui donnent une évaluation de l’émigration kabyle interne, il y a par contre les livres scolaires officiels qui fixent la répartition raciale de l’Algérie dans la proportion de 80% d’arabes et de 20% de « Khalits ». Par ce vocable foncièrement raciste et qui se veut dégradant, on entend les Kabyles, les Chaouis, les Kel Taguelmust, les Mozabites, les Chénouis. Quand c’est un ministère aussi important que celui de l’Éducation qui intoxique la jeunesse du pays de cette façon, il faut s’attendre au pire quant au sort qui sera réservé aux khalits d’Algérie.

Et à propos, c’est l’occasion de livrer une anecdote que m’a racontée un excellent ami, cadre important actuel du RPK, qui a eu lieu lors de la révolte citoyenne du Printemps berbère. Alors que la révolte a éclaté contre le déni identitaire et culturel suite à l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle ancienne au Centre universitaire de Tizi Ouzou ; révolte qui n’avait aucune connotation autonomiste, des citoyens arabes de Sidi Aïssa (Msila) ourdissaient le recensement et le partage éventuel des résidences de Kabyles dans la perspective de leur évacuation ou de leur simple évaporation. Devant des maisons bâties au prix de décennies de sacrifices et de labeur, ils jetaient leur dévolu ouvertement et souvent en présence de leurs propres propriétaires et leurs enfants : « Hadi liyya », « hadi lik ». Se peut-il qu’il y eut d’autres exemples du genre ? Probable à cause de la propagande criminelle d’alors du pouvoir. De telles mœurs ont-elles disparues depuis ? – Elles ont empiré 21 ans après comme démontré lors du Printemps noir où des appels à l’écrasement par l’armée de la Kabylie ont fusé comme un atavisme de la part du courant islamiste algérien en particulier.

Si l’objectif du RPK est d’arrimer la Kabylie à l’Algérie, il y a des raccourcis bien creusés, balisés et incarnés par des KDS depuis longtemps. Nul besoin de rassemblement, de rencontres ou de symposiums et on peut aussi s’épargner les interviews sibyllines où seuls des initiés arrivent à décoder les messages.

À vrai dire, ce sont des élites kabyles elles-mêmes qui ont inspiré le chemin de l’assimilation forcée qui devient de plus en plus forcenée. Les slogans « arabité, amazighité, islamité », « Lɛiraq d tacriḥt seg weksum nneγ » et plus récemment « l’islam de mes ancêtres » ont été et sont du pain béni pour les fossoyeurs de l’histoire et de la civilisation amazighes.

La colonisation d’un peuple s’accompagne toujours de segmentations de la population soumise. Il y a une petite frange récupérée et intégrée comme appoint par le colonisateur et qui vit dans l’illusion de partager le pouvoir avec l’oppresseur de son propre peuple.

Cette catégorie est connue des peuples d’Algérie lors de la Guerre de libération. Dans bien des cas, on trouve parmi ces recrues, les plus zélés des oppresseurs de leur propre peuple et ont souvent tendance à aller au-devant des desiderata de leurs embaucheurs.

Mais la vie est ainsi faite qu’une entreprise de décolonisation nécessite un long travail de défrichement, de conscientisation et de rassemblement.

À bien y regarder, en Kabylie, les candidats aux législatives sont les plus insignifiants des citoyens, ceux qui n’ont pas de principes et qui ne sont que des saliveurs pavloviens à la pensée d’un salaire et d’autres avantages. D’un autre côté, la répression quotidienne que subissent les militants et de simples citoyens augurent cette fois encore une désaffection record pour ces législatives. Et puis prosaïquement, le citoyen lambda sait qu’un maire n’est rien devant le secrétaire général de maire qu’on lui impose ; qu’un conseil municipal n’a aucune emprise sur ses propres délibérations devant un chef de daïra ; quant au député, c’est l’archétype même du microbe qui vit aux dépens du trésor public et donc de ses congénères.

Le peuple, le vulgaire peuple, lui, en est arrivé jusqu’à suspecter la fiabilité, la pertinence thérapeutique, voire une toxicité potentielle d’un vaccin pour enfants proposé par l’état. Rien que ça !

Pendant que des conférences littéraires et scientifiques, des ventes-dédicaces de livres, des commémorations populaires et des célébrations d’événements de l’histoire et de la civilisation amazighes sont interdites partout en Kabylie, des partis politiques ne se préoccupent que de la confection de leurs listes électorales aux législatives et aux municipales dans la région pour prétendument exercer un droit démocratique qui s’avère en l’occurrence et dans les faits rien d’autre qu’un blanc seing au musellement intégral de la société.

L’espoir sera à la mesure de la réponse que cette société brimée compte apporter prochainement aux prétentions des uns et des autres, surtout en Kabylie.

Azru Loukad pour Tamurt

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  1. Bonjour,

    Franchement, c’est honteux et scandaleux.

    Nous demandons la liberté aux kabyles et nous sommes contre la colonisation.

    Il faut créer un comité pour défendre les Kabyles et leurs droits auprès des institutions internationales.

    Je comprends que le peuple algérien souffre du régime en place. Mais les Kabyles encore plus.

    Liberté et indépendance.

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  2. Un jour il faudra finir par appeler un chat un chat.
    L’afrique du nord a été conquise au nom de l’islam et l’arabisation n’est que l’une des multiples conséquences.
    Lutter contre l’arabisation revient à pisser dans un violon quand on voit la progression de l’islamisation aussi bien au pays que parmi l’émigration. Les mosquées poussent comme des champignons et elles sont fréquentées.
    L’ennemi, le véritable ennemi est l’islam!

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