De nombreux observateurs et critiques ainsi que journalistes observant la réalité géopolitique en Afrique du Nord ont tendance à présenter la corruption, le népotisme et l’inefficacité en tant que sources de mécontentement des populations contre leurs gouvernements. Dans le cas de l’Algérie, l’analyse serait incomplète, voire fausse, sans la prise en compte de l’aspect particulier de la composition de sa population qui comprend les minorités ethnolinguistiques et, plus encore, les peuples autochtones. Au nom de l’égalitarisme, les philosophes politiques ainsi que les penseurs ont tendance à ignorer le droit à l’existence des peuples autochtones mettant ainsi en danger la diversité. Ce courant principal s’appuie sur la doctrine de l’utilitarisme qui prend sa source dans la conception de Jeremy Betham que chacun doit être compté pour un et que personne ne peut être compté pour plus qu’un. Ce principe isole les personnes et les met en compétition les unes contre les autres pour la défense de leurs intérêts propres créant ainsi des inégalités. La nature même de la revendication pour l’autonomie kabyle ne prévoit pas la course à l’égalitarisme. Elle se revendique dans le droit à l’existence des Kabyles comme, étant un peuple, une nation. Même si la population de Kabylie est désireuse d’avoir sa part de bien-être, il ne faut pas se méprendre sur la nature même de la revendication dirigée par le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie et chapeautée par le Gouvernement Provisoire Kabyle. Par conséquent, même si la chute du régime de Ben Ali pourrait avoir un impact sur l’organisation sociale et économique de l’Algérie dans son ensemble, elle n’affecte pas directement la revendication de l’autonomie kabyle. L’Histoire comme source de demande à l’existence en tant que peuple Une étape importante consiste à reconnaître le fait que les Kabyles ne représentent pas une minorité. Je veux dire par là que les Kabyles vivaient sur le territoire de la Kabylie régi par leurs propres lois, gouvernances et pratiques. Ils fonctionnaient en tant que souverains sur leurs terres jusqu’à l’arrivée des nouveaux arrivants. Affirmations de l’occupation antérieure, souveraineté antérieure, ainsi que l’existence d’annexion, et perte définitive de l’autodétermination, se sont combinées pour former une réalité unique et distincte que celle de la Kabylie dans l’ ensemble Algérie. Ceci comprend non seulement les droits humains les plus élémentaires de survie et l’intégrité physique, mais inclut aussi la protection du territoire, de la langue, des pratiques religieuses ainsi que d’autres éléments du patrimoine culturel qui forment l’existence des Kabyles en tant que peuple. Les Kabyles ne sont pas un sous-groupe en Algérie, la culture kabyle n’est pas une sous-culture La tradition algérienne conçoit les Kabyles comme étant une minorité et leur culture comme une sous-culture de l’Algérie. Cette croyance prend ses racines dans l’idée même de l’État-nation qui doit imposer une identité nationale au nom de l’unité nationale. Ces considérations participent à la viabilité de l’aliénation du groupe identifié. En fait, la pratique actuelle est maintenue par la réécriture de l’histoire des groupes qui sont admis comme étant des sous-groupes, ce à des fins partisanes. L’histoire à tendance révisionniste est perçue comme frauduleuse et engendre le scepticisme et la gêne et retarde donc l’acceptation du sous-groupe ainsi que de ses pratiques linguistiques et sociales. Sachant cela, la Kabylie ne reconnaît pas le révisionnisme historique de son peuple. Par conséquent, les Kabyles rejettent dans son ensemble la condition de sous-groupe qui leur est imposée et rejettent de la même manière l’idée que leur culture est une sous-culture, aussi et afin d’être pleinement reconnu comme peuple, il devient alors, pour la Kabylie de la plus haute nécessité de construire un état autonome bâti sur un fond historique vrai ; ce pour le bien de la survie du peuple kabyle et le droit de s’organiser selon ses propres valeurs et visions. Ce n’est que dans un environnement non fabriqué que l’on peut espérer la réalisation d’une justice et l’accès au bonheur. Par conséquent, la revendication de l’autonomie va au-delà de la question de l’égalitarisme qui a été soulevée en Tunisie. La question de l’autonomie de la Kabylie traite des droits des peuples autochtones associés à d’autres niveaux de luttes humaines. Concernant les droits autochtones, ceux-ci sont liés à des préoccupations sur le changement de l’environnement ainsi que de l’ordre du développement durable ; mais ceci est une autre question. L’autonomie et l’égalitarisme constituent deux problématiques différentes. Néanmoins, il serait plus aisé d’envisager la question de l’autonomie dans un cadre plus démocratique qui inclurait la chute du régime de Bouteflika. Ce n’est que dans cette perspective que la chute de Ben Ali et ses répercussions possibles sur le régime de Bouteflika pourraient affecter la question de l’autonomie de la Kabylie. Par Mme Brigitte Tanina Jacob, Directrice de Cabinet du Ministère des Relations internationales de l’Anavad .
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La chute de Ben Ali et l’autonomie de la Kabylie