L’assemblée mondiale amazighe interpelle l’ONU : Les droits des amazighs au Maroc en suspension

violation des droits de l'home au Maroc

COMMUNIQUE (Tamurt) – Au même titre que l’Algérie, le Maroc viole les droits de l’homme en méprisant la population amazighe autochtone. Pour y mettre un terme, l’AMA, défenseur des droits des populations amazighes a transmis un rapport alternatif  au comité des droits de l’homme de l’ONU qui aura à examiner la situation au Maroc lors de la 27e session du groupe de travail de l’EPU.  

Il est mis en exergue que le fait que même si le préambule de la nouvelle Constitution marocaine affirme la primauté des lois et conventions internationales sur les lois nationales selon les termes ci- après : « Accorder aux conventions internationales dûment ratifiées par lui, dans le cadre des dispositions de la Constitution et des lois du Royaume, dans le respect de son identité nationale immuable, et dès la publication de ces conventions, la primauté sur le droit interne du pays, et harmoniser en conséquence les dispositions pertinentes de sa législation nationale. » , l’Etat marocain continue à ne pas respecter ses dispositions constitutionnelles et les conventions internationales concernant les droits du peuple amazigh, malgré la reconnaissance constitutionnelle de l’identité et de la langue amazighes. Toutefois, plus de cinq années et demi après l’adoption de cette nouvelle constitution, le royaume du Maroc continue à violer les droits les plus élémentaires des populations amazighes en poursuivant une politique de discrimination de fait à leur encontre.

Les amazighs qui forment la majorité de la population marocaine et qui comptent parmi eux le plus grand nombre des victimes des années de plomb sous le régime du défunt roi Hassan II, comme les victimes de la répression sanglante des années 1958-59 dans le Rif, des années soixante dans le Moyen Atlas et dans le Sud-Est avec les événements d’Addi Ou Bihi, dans les villes rifaines en janvier 1984, ou la répression des manifestations Ait Bouyach, d’Imider, de Sidi Ifni…sous le règne du roi Mohamed VI, condamnent les Amazighs à vivre aux marges de l’état, à se cantonner dans les régions périphériques et montagnardes enclavées, et obliger à un exode rural qui les poussent à vivre dans les bidonvilles des grandes villes impériales. La politique de discrimination à l’encontre des amazighs se manifeste par la violation de l’article 29 de la constitution, interdisant la liberté de réunion et de rassemblement, comme les manifestations des populations d’Imiter qui perdurent plus de cinq ans, les événements d’Ait Bu Ayache et d’Imzouren au Rif en 2015, ainsi que les marches tawadas des jeunes amazighes d’Agadir et de Casablanca.

Le 25 décembre 2015, la wilaya d’Oujda a interdit l’activité de l’association Amezian à Nador sur « La situation des amazighs en Algérie» encadré par Khodir Sekkouti, le porte-parole officiel du Mouvement pour l’autonomie du Mzab et Salah Abbouna. Elle a interdit aussi la commémoration des festivités de la grande bataille anti-coloniale d’Anoual au Rif, par des militants amazighs, qui ont été réprimés quatre fois de suite : les 21 juillet 2013, 2014, 2015 et 2016. De même, à Al-Houssima, il y a eu la répression du 6 février du 54ème anniversaire de la disparition du grand héros amazigh Mohamed Abdelkrim El Khattabi! L’Etat marocain a continué dans sa politique de répression et de discrimination à l’encontre des amazighs durant ces cinq dernières années, ce qui a conduit à l’assassinat d’un militant du Mouvement Culturel Amazigh (MCA), en l’occurrence feu Omar Khalek « Izm », victime des milices à l’Université de Marrakech le 23 janvier 2016, sans inculper jusqu’à maintenant les commanditaires du dit assassinat, en reportant à chaque fois le procès ! De même  l’assassinat du citoyen Mouhssin Fikri dans la ville d’Al-Houssima de manière abjecte dans un camion d’ordure, le 28 octobre 2016, a conduit à attiser la contestation générale à l’égard des politiques de l’Etat. Politique dénoncée, dans différents régions du Maroc, par des citoyens qui la considère comme une politique orientée contre eux, qui œuvre à leur exclusion et marginalisation, en les privant de tous leurs droits sociaux, économiques, culturels et politiques. Ne profite de cette politique que l’élite dominante, y compris les responsables élus qui gèrent les affaires du pays. Ainsi, les manifestations pacifiques de masse ne s’arrêtent plus dans différentes localités du Rif, et plus particulièrement dans la province d’Al-Houssima.

Le Comité des experts chargés de l’examen du rapport officiel du Maroc présenté au Comité onusien des droits économiques, sociaux et culturels lors de sa cinquante sixième session à Genève, le 30 septembre et le 01 octobre 2015 demandait dans ses recommandations à l’Etat marocain de s’activer rapidement pour promulguer la loi organique relative à la mise en œuvre de la langue l’amazighe stipulée dans l’article 5 de la constitution et multiplier les efforts officiels pour garantir l’intégration et la généralisation de l’enseignement de l’amazighe de telle sorte qu’il concerne l’enseignement primaire, secondaire et universitaire. En plus de l’augmentation de la présence de l’amazighe au niveau des médias publiques et de lutter contre la ségrégation contre l’amazighe, particulièrement dans le domaine de l’enseignement et de l’emploi…Depuis cette date, le gouvernement marocain n’a concrétisé aucune de ces recommandations, et il n’a accordé aucune portion budgétaire pour la promotion de ces droits, surtout pour garantir la généralisation de l’enseignement de l’amazighe du primaire jusqu’à l’université. Mais ce qui est le plus grave de toutes ces violations de droits c’est la spoliation des terres collectives, la confiscation des terres des tribus amazighes, dans certains cas sous prétexte de « limitation forestière ». Et dans ce cadre, le Haut commissaire aux eaux et forets, responsable de l’institution qui opère la confiscation,  a déclaré, le 10 février 2015 lors d’une conférence de presse à Rabat, que le rythme de « limitation forestière » (c’est-à-die l’expropriation) s’est accéléré. D’après les statistiques qu’il avait présentées, la moyenne de confiscation a atteint 300 000 hectares entre 2005 et 2014. Dix fois plus qu’avait entrepris le colonialisme français durant toute sa présence au Maroc ! Des terres qui se trouvent partagés illégalement entre les soi-disant serviteurs de l’Etat, ou données gracieusement aux «Arabes» du Proche Orient, comme la grande parcelle offerte à l’émir de Qatar pour ériger un palais en plein forêt d’Ifrane.

Par conséquent des recommandations sont proposées pour que  l’Etat marocain garantisse le droit à l’autodétermination des Amazighs selon le projet qu’il a présenté officiellement aux Nations Unies relatifs à l’Autonomie du Sahara, et qui devrait être généralisé aux autres régions historiques du Maroc. Il doit revoir le projet de loi organique concernant le caractère officiel de la langue l’amazighe en adéquation avec les attentes et revendications légitimes du mouvement amazighe, en prenant en considération la « dette historique », du fait qu’à la différence de l’arabe, la langue amazighe a été privée de tous ses droits depuis l’indépendance, depuis plus de soixante ans. Le Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération devrait prendre des mesures nécessaires permettant d’affirmer  le caractère officiel de la langue Amazighe au même titre que l’Arabe dans les représentations  diplomatiques Marocaines, en commençant par lui donner une visibilité réelle à travers les caractères tifinagh et  veiller à assurer  l’apprentissage de la langue Amazighe aux citoyens marocains, en recrutant des  enseignants en nombre suffisant  pour couvrir tous les pays, où se trouve un nombre important de citoyens marocains résidents à l’étranger.

Amaynut pour Tamurt

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