Contrairement aux années précédentes, la cérémonie ne s’est pas déroulée sur les lieux du crime, au boulevard de Clichy, mais à la salle du CICP, sise rue Voltaire dans le 11e arrondissement de Paris. Ce choix a été dicté par des conditions ne permettant pas un recueillement serein sur les lieux, suite à l’installation du premier Gouvernement Kabyle de l’histoire, à sa tête le leader autonomiste, survenu le 1er juin 2010, au Palais des Congrès. C’est vers 14 h que la famille du défunt, des amis, des militants du MAK et des ministres du GPK se sont donné rendez-vous, des roses blanches et des gerbes de fleurs à la main. La salle ne pouvait contenir la foule nombreuse venue à l’occasion. C’est Ahcene Hattal, président de l’AKMAM (Association kabyle pour la Mémoire d’Ameziane Mehenni) qui a ouvert la cérémonie pour rappeler que les assassins de son ami courent toujours. Devant le portrait imposant de feu Ameziane, les présents ont pu déposer des fleurs en guise de recueillement et de paix. Une gerbe a été déposée au nom du MAK, une autre au nom de l’association Idurar. Les deux femmes ministres kabyles ont déposé une troisième au nom du GPK. Tremblant, mais altier, Ferhat a prononcé quelques mots en hommage à son fils fauché, à la fleur de l’âge, par la main de la haine, du racisme et de l’inculture. D’emblée, il insiste sur les détournements que connait, depuis maintenant six ans, l’enquête et qui ne veulent plus prendre la piste politique, mais le père du défunt reste convaincu que la vérité éclatera un jour. Et si cet ignoble crime visait d’abord son combat pour la Kabylie, le président du Gouvernement Provisoire Kabyle reste déterminé à le poursuivre. À la face de ceux qui ont cru l’arrêter, il assène : « en tous les cas, ceux qui escomptaient me faire reculer en te faisant assassiner, ceux qui pensaient que par ta mort, ils allaient faire dérailler le train de la liberté du peuple kabyle, en sont aujourd’hui pour leurs frais. Contrairement à la raison d’État qui empêche de faire toute la lumière sur les circonstances de ton assassinat, la logique implacable de l’Histoire, elle, ne peut être enrayée ». Ferhat, à l’occasion de ce 6e et douloureux anniversaire, fait de l’âme d’Ameziane un messager à l’adresse de tous les militants kabyles, morts pour la dignité et pour que la parole kabyle soit entendue. À Djaout et à Matoub, à Mammeri et à Bessaoud, à Abane et à Bennai : « annonce-leur la bonne nouvelle : le premier gouvernement kabyle de l’histoire a été installé le 1er juin 2010. ». Le parallèle est saisissant entre la naissance du GPK, installé à l’étranger et l’Appel du 18 juin 1940, du Général De Gaule qui a lancé la libération de la France du Nazisme, et dont les Français célèbrent le 70e anniversaire. L’émotion était tellement vive que les présents ne pouvaient s’empêcher d’applaudir. Un message de paix et d’espoir a clos le discours du leader autonomiste kabyle : « ton nom est symbole de notre combat pour l’autonomie de la Kabylie. Repose en paix mon fils. La vérité se fera un jour ». Nna Wiza, la grand-mère d’Ameziane et certaines personnes dans la salle émue ne pouvaient retenir leurs larmes. C’est dans le calme et la sérénité que les présents se sont quittés après cet hommage humble, mais émouvant à la mémoire d’Ameziane. A. Mekdam
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