Ces chanteurs kabyles qu’on assassine et ceux qu’on honore

Ait Menguellet honoré

KABYLIE (Tamurt) – On est en droit de s’interroger sur le profil exact des chanteurs kabyles que le pouvoir algérien choisit d’honorer solennellement et celui de ceux qu’il choisit d’assassiner physiquement ou en  les vouant, tout simplement, aux gémonies de la censure ou de l’exil. On est en droit de savoir. De connaitre tous les critères qui président à ces choix car le peuple kabyle doit démasquer à qui il a affaire. Se taire devant des impostures flagrantes au motif qu’il y a des chanteurs kabyles, au-dessus de tout soupçon, qui devraient être intouchables, est une sottise et une complicité avérée de toutes les pratiques du pouvoir algérien de 1962 à nos jours.

Les critères pour les premiers consistent à s’adonner à un double jeu. C’est-à-dire, tout en constituant un soutien permanent du pouvoir, en l’applaudissant et en répondant présents à toutes ses invitations (quand bien même il s’agit de chanter au moment où des jeunes kabyles tombent sous les balles des gendarmes), camper aussi le rôle de chanteur engagé. Comment ? En faisant de temps à autre des déclarations tonitruantes qui feraient le bonheur de quelques kabyles naïfs et sincères. Cette catégorie ne comprend bien sûr pas la frange de chanteurs kabyles de service clairement assumés comme C.K., K,H, D.A., A.Y., C.N., A.M, R.A., etc. Les kabyles déchiffreront facilement ces initiales. Car après des décennies de comédie malsaines, désormais, tous les masques sont tombés. L’un des ces chanteurs cités a été celui qui a ajouté au stylo le nom de Slimane Azem sur la liste des artistes interdits d’antenne à la radio chaîne II à l’époque du parti unique. Un autre est celui qui a longuement applaudi Bouteflika à Tizi Ouzou, en 1999, quand ce dernier martelait que « tamazight ne serait jamais langue officielle » et que les kabyles « étaient des nains quand on s’y approche un peu plus ». Les archives audiovisuelles sont toujours là pour rappeler ces tristes et désolants souvenirs. Dans ce genre de chanteurs, l’un était un spécialiste du plagiat en musique des célébrités orientales et l’autre dans le plagiat de strophes entières de poètes, notamment classiques français très connus. Dans un pays où on ignore même le sens du mot philosophie et où le seul repère est le Prophète Mohammed, l’un de ces chanteurs de service dont le niveau scolaire ne dépasse pas la quatrième année moyenne, est présenté, toute honte bue, comme philosophe. Qui a intérêt à faire de la société kabyle un vivier de l’ignorance ? Le pouvoir bien sûr, en première position mais aussi ses relais locaux dont une grande partie sinon sa totalité est connu pour sa médiocrité. Quant aux chanteurs kabyles qu’on musèle, à commencer par Slimane Azem et Matoub Lounès en passant par Ferhat Mehenni, Ali Ideflawen, Chérif Hamani, Salah Sadaoui, Youcef Abdjaoui, Boudjemaa Agraw, Hacene Ahrès, Farid Ferragui etc., il est évident que le pouvoir algérien ne les a pas en odeur de sainteté. Même ceux qui ne sont pas de ce monde, le pouvoir algérien fait toujours tout pour les effacer de la mémoire collective kabyle.

Comme si on pouvait faire disparaître un Matoub ou un Slimane Azem par décret. Complètement déconnecté des réalités du terrain, le pouvoir algérien ignore tout de ce qui se passe et de ce qui se dit dans es milliers de villages kabyles. Quand ses représentants sont devant une dizaine d’opportunistes, dans une salle hyper  protégée par ses vigiles, le pouvoir pense qu’il a désormais la Kabylie dans sa poche. Mais il se trompe. La Kabylie de Matoub Lounès, c’est celle de l’espoir et elle compte des millions de kabyles sincères et déterminés à en découdre avec lui, quelque soit le temps que ce combat nécessitera. L’autre, celle des chanteurs-KDS, elle, ne compte que des centaines, peut-être des milliers de lèche-bottes à tout casser. Et toute la différence est là.

Tahar Khellaf pour Tamurt  

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