Interpellé lors d’une campagne d’affichage pour la Marche de la Liberté du 20 avril 2010 parce qu’il aurait écrit sur un mur « Vive La Kabylie Libre et Autonome », il est accusé de « dégradation de biens publics ». Nous lui avons posé quelques questions pour essayer de comprendre ce qui a motivé la justice algérienne dans cette convocation dont le motif est basé sur un fait tout à fait banal : Tamurt : Tahar, peux-tu te présenter à nos lecteurs et nous parler un peu de ton parcours de militant du MAK ? Tahar Amichi : Azul merra fell-awen ! Je suis un Kabyle de 23 ans qui poursuit un stage de technicien supérieur en informatique, option « bases de données » au sein de l’INSFP de Vgayet . J’ai grandi dans la ferveur militante extraordinaire des évènements qu’a connus la Kabylie, à savoir le boycott scolaire et le Printemps Noir en passant par la révolte citoyenne qui a fait suite à l’assassinat de Matoub Lounès. Avant d’avoir été confronté à ces douloureux événements qui ont touché exclusivement mon peuple dans sa chair et sur son territoire, j’étais, comme la plupart des jeunes Kabyles de mon âge, un militant ordinaire de l’amazighité. Je suis toujours solidaire de nos frères amazighs où qu’ils soient. Je pense que le combat pour l’autonomie de la Kabylie doit être appuyé par toutes les énergies kabyles, car, l’accomplissement de notre but d’autodétermination entraînera nécessairement des effets positifs dans toute l’Afrique du Nord où les Amazighs sont partout brimés. Au sein du MAK, notre action vise à agréger toutes les forces kabyles autour du combat pour l’autonomie et nos efforts commencent à porter leurs fruits. « Tamaziɣt di lakul » (la Langue amazighe à l’école), le slogan de ralliement d’antan est dépassé. Depuis le Printemps Noir qui a vu notre jeunesse assassinée et mutilée, les exigences de notre peuple ont largement dépassé la seule revendication linguistique. Un dépassement sur tous les plans s’est opéré ; et la résultante des revendications légitimes ne peut être qu’un projet politique que doit porter un large mouvement populaire. C’est la vocation du MAK des origines jusqu’à sa phase d’aujourd’hui qui a vu avec bonheur la naissance du Gouvernement Provisoire Kabyle. Dans la foulée de la création du MAK, en juin 2006, avec Nadir Chelbabi, Larvi Yahioun, Menad.S, Mazigh H ainsi que d’autres militants nous créâmes la CLAK (Coordination des Lycéens pour l’Autonomie de la Kabylie). Ce fut l’une des premières organisations du MAK d’avant le congrès du 14/08/2007. Notre travail consistait essentiellement à la sensibilisation et la mobilisation des jeunes lycéens à la cause autonomiste. Je pense sincèrement que notre travail a été une réussite sur tous les plans. Il est vrai qu’au lycée on n’avait d’autres latitudes que d’encadrer et accompagner des activités culturelles, mais à sa suite, le déclic s’est produit à l’université. Avec une dizaine d’amis et de camarades, nous constituâmes le premier noyau dur de l’organisation universitaire du MAK qui s’appellera plus tard CU-MAK-V (Conseil Universitaire du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie de Vgayet) mis sur pied un certain 02 novembre, une date fortement symbolique pour les étudiants kabyles qui honorent ainsi la mémoire de Kamal Amzal, assassiné le 2 novembre 1982 à Tizi Uzebbuj (Ben Aknoun). Cette organisation s’imposera et se distinguera par plusieurs activités et déclarations et finira par devenir la première force politique et organisationnelle de l’Université Abderrahmane Mira. C’est une grande réussite. J’ai occupé divers postes au sein de la dite organisation et notamment comme chargé de « la communication et des relations avec les établissements de formation professionnelle privés et publics. Et ce fut l’appel du devoir pour mieux servir la cause au sein du Conseil Exécutif du MAK où j’ai occupé d’abord le poste vacant de Secrétaire national à la Jeunesse en date du 31/01/2009 sous la présidence de M. Ferhat Mehenni, et depuis, Chef de Département à la Jeunesse et l’Animation dans la nouvelle configuration de l’Exécutif sous la présidence de M. Muhend Larvi Tayev. Tamurt : Est-ce que tu vois en cette affaire une tentative d’intimidation à l’égard des militants du MAK en général et à ton égard en particulier, vu que tu es un militant des plus actifs de la cause kabyle ? T. A : Je pense qu’à travers ma convocation, les autorités algériennes visent le MAK et ses forces militantes, car mon action s’inscrit dans un travail collectif avec mes frères militants.
Au demeurant, chacun sait que l’espace public dans toute l’Algérie est devenu une immense toile de défoulement publicitaire et de panneaux d’affichage à la gloire de personnalités, de partis politiques, de marques commerciales et de professions libérales.
Mais comme à leur habitude, la police puis la justice agissent en catimini sans que leur victime ne se doute de ce qui se trame à son encontre ; et au moment où il plaît au pouvoir, il dégaine et lance sa machine à broyer. Dans mon cas, je n’ai pas été convoqué par la police ni par la justice et aucune signification ne m’est parvenue légalement en vue de mon prochain procès. C’est fortuitement que je l’ai appris en m’enquérant du sort de mon passeport et où j’apprends alors qu’il est détenu au niveau de la police de Vgayet, sans raison, sans mandat judiciaire et sans explication. Il s’agit là de l’expression d’un séquestre digne de celui qui a été appliqué par la colonisation au lendemain de la révolte de 1871. Grâce au MAK et à l’Anavad , elle relève la tête et l’aboutissement de son combat devient une certitude de plus en plus partagée par notre peuple. Les procès intentés contre les citoyens non-jeûneurs d’Iγzer Amuqqran, d’Asqif n Tmana (Michelet) et ceux de Larvεa n At Yiraten sont des expressions de panique face à la détermination de notre peuple. C’est dans la même lignée que s’inscrit mon affaire. Comme bien d’autres citoyens victimes de l’arbitraire, je reste stoïque et fort de ma foi en l’idéal qui est le mien et celui de toute ma famille politique renforcée de jour en jour par de petits contingents de mon peuple. « Votre répression renforce notre détermination » n’est pas un slogan de circonstance. Il est le levain qui a fortifié nos actions depuis bientôt une décade. Tamurt : Dans quel esprit es-tu actuellement par rapport à cette affaire ? T.A : Je suis très serein car convaincu que le droit à l’expression est un bien naturel et inaliénable pour chaque individu ou groupe d’individus qui mettent en commun leur destin. À mon sens, se taire et accepter de disparaitre dans les ténèbres en tant qu’entité politique, linguistique, culturelle et sociale est criminel tandis que le silence fait de nous des renégats à nos propres racines et des acteurs conscients de notre propre disparition. Tamurt : Aussitôt la nouvelle de ta convocation pour le procès apprise, le président de l’Anavad, le Gouvernement Provisoire Kabyle, a réagit [1] ainsi que le site du MAK [2]. Un groupe de soutien a été créé sur Facebook [3] par des militants et des dizaines de personnes le rejoignent afin d’y exprimer leur soutien. Qu’attends-tu justement de l’Anavad, du MAK et des militants pour la cause kabyle dans cette affaire ? T.A : Je suis très satisfait par rapport à la rapidité dans la prise en charge de mon cas et du traitement médiatique qui en a été fait. La célérité dans le traitement et le mouvement de solidarité qui s’en est suivi est un encouragement à tout militant ou citoyen kabyle, qui peut être du jour au lendemain confronté à une cabale de cette espèce. Je tiens à saluer et remercier tout ceux et toutes celles qui m’ont signifié leur soutien et solidarité soit par téléphone ou sur le net. Je remercie également les administrateurs de tous les sites qui ont porté et démultiplié l’information. C’est réconfortant pour moi-même et ça démontre notre force et la justesse de notre combat. À la question "j’attends quoi du MAK et de ses militants", je dirai bien que j’attends qu’ils continuent tout simplement le combat sans relâche jusqu’à la réalisation de notre idéal : l’instauration d’un état kabyle démocratique et laïque. Tamurt : Un dernier mot ? T.A : L’heure aujourd’hui est à l’union des forces kabyles pour la réalisation de l’autonomie de la Kabylie autour du MAK et de l’Anavad (GPK ). Cette union doit reposer sur la base de principes démocratiques, laïques et progressistes. Il appartient à chacun d’entre nous de se transcender en esprit et en actes pour surpasser les différents qui peuvent gêner la construction de notre état que nous voulons exemple pour tous les peuples d’Afrique du Nord.
À la lumière de mon entrevue avec le procureur après mon interpellation par la police, je suis en mesure d’affirmer que mon inculpation et ma traduction en justice ne sont pas motivées par une quelconque “dégradation de biens publics” ou autre chose, mais bel et bien pour le contenu du tag lui-même. J’en veux pour preuve la seule question du procureur qui était : qu’avez-vous écrit ? ». Et lorsque je lui ai dit « Vive la Kabylie libre et Autonome », son opinion fut faite puisqu’il n’a pas posé d’autres questions.
À Vgayet même où mon affaire s’est ourdie, il n’y a pas un seul espace public indemne de graffitis. Les murs, les abribus, les façades d’établissements publics, les panneaux de signalisation routière, les clôtures de jardins publics et de résidences privées, les supports d’éclairage public, les routes, chemins, carrefours sont devenus autant de boites de réclame à la gloire de Bouteflika, du FLN, RND, du MSP et de bien d’autres affidés. Et à ce que je sache, on n’a jamais vu la police arrêter nulle part un tagueur de cette engeance et encore moins la justice s’en saisir.
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